Transport de commerce sur le Rhône à bord du Guadiana
Le transport de commerce fluvial joue un rôle clé dans l’acheminement des marchandises en France et en Europe. À la fois historique et moderne, il conjugue tradition et technologie pour répondre aux défis logistiques mais aussi environnementaux. Ce reportage vous emmène en immersion à bord du Guadiana, un porte-conteneur naviguant sur le Rhône, pour découvrir le quotidien du transport fluvial.
Toutes les semaines le porte-conteneurs fait la rotation entre Lyon et Marseille-Fos.
Pendant sept jours, je suis monté à bord pour suivre son trajet aller-retour entre le port Édouard Herriot de Lyon et le port de Marseille-Fos, parcourant les 325 kilomètres du Rhône à grand gabarit ponctué d’écluses et de passages techniques.
Avec ses 135 mètres de long, le Guadiana est l’un des plus grands bateaux de commerce -d’un seul tenant- naviguant sur le Rhône. Sa capacité de transport atteint 4000 tonnes de marchandises, soit l’équivalent de 150 camions. Ce mode de transport réduit significativement l’empreinte carbone par rapport au fret routier, contribuant ainsi à une logistique plus durable.
Kévin exploite le Guadiana avec son père. C’est une histoire de famille, comme souvent dans la batellerie.
Pour cette rotation, il est assisté par Jérôme, matelot et Lucas, timonier.
Sur les fleuves, chaque bateau est unique et chaque cours d’eau a ses spécificités. Les péniches sont entretenues, choyées et la connaissance du fleuve est primordiale.
C’est tout cela qui fait la singularité des bateliers et les rend indispensables dans le transport de commerce.
Merci à toute l’équipe du Guadiana, Lucas, Jérôme, et en particulier à Kévin et son père pour leur accueil et d’avoir rendu possible ce reportage.
1er JOUR, JEUDI 6 OCTOBRE
16h, le chargement au port Edouard Herriot commence. Celui-ci continuera une partie de la nuit et finira le lendemain matin.
Les stackers amènenent les conteneurs sous le portique et celui-ci les charge sur la péniche dans un ordre optimisé pour le déchargement à venir.
L’opération continue jusqu’à 22 h.
2nd JOURNÉE, VENDREDI
Le chargement se termine au plus vite.
Les dernières vérifications d’usage du Guadiana sont en cours.
Dans le canal de Saint-Fons, le Rhône est canalisé.
Nous sommes dans le couloir de la chimie.

Quelques kilomètres après nous arrivons sur Vienne.
Un paquebot, le Swiss Emerald, fait escale dans cette ville d’origine romaine.

C’est la CNR, Compagnie Nationale du Rhône, qui gère le Fleuve sur 3 besoins fondamentaux : la gestion de la navigation, la ressource en eau pour l’agriculture et les populations et la production d’électricité (barrages hydroélectriques, panneaux solaires sur les berges et éoliennes)
Le transport fluvial est une alternative au transport routier. Le tonnage transporté est sans commune mesure.
Ramené au litre d’essence à la tonne, un navire parcourt 6 fois plus de kilomètres et rejette 6 fois mois de CO2.
L’avenir passera surement par le transport multimodal, la combinaison du rail, du fleuve et de la route.
Le Guadiana est amaré à l’aval de l’écluse de Beauchastel. Après une journée de navigation nous avons réalisé 1/3 du trajet.
Les paquebots naviguent de nuit en général pour déplacer les touristes pendant leurs sommeils et profiter des escales le jour.
3ème JOUR, SAMEDI
Départ à 6h pour une grande journée de navigation qui nous aménera à l’entrée du terminal de Marseille-Fos.
La journée type des mariniers est assez longue car il ne faut pas perdre de temps en navigation et pouvoir assurer les rendez-vous dans les ports. La marchandise n’attend pas et ils ne sont jamais à l’abri d’un temps d’attente à l’écluse ou d’un problème sur le parcours.

La nuit, on peut naviguer au radar. La timonerie est alors dans le noir total… l’ambiance est calme, presque studieuse.

Le Palais des Papes d’Avignon et le mont Ventoux se laissent deviner au fur et à mesure que l’on descend au sud.

Après la traversée d’Arles et de nuit et quelques heures de navigation, nous arrivons à l’écluse de Barcarin.
Le poste d’attente est une sorte de sas pour entrer dans le domaine portuaire de Marseille-Fos.
4ème JOUR, DIMANCHE
Réveil dans le brouillard.
Le Guadiana attend l’autorisation d’entrer dans le port de Fos-sur-Mer.

Après la traversée du canal du Rhône au port de Fos-sur-Mer, l’arrivée dans la darse des conteneurs, façe au géants des mers est spectaculaire.
Le Gudiana est un grand bateau pour le fleuve mais face aux 360 mètres du navire de la CMA-CGM, il parait petit, mince.

Le chargement est suivi par les matelots pour s’assurer du bon positionnement des « boites » les unes sur les autres.

20h, le chargement reprendra demain. Le Guadiana se place en bout de quai, au niveau du bon portique.

Les grands porte-conteneurs peuvent rester plusieurs jours au port, le temps de faire les manipulations sur plusieurs milliers de conteneurs.
5ème JOUR, LUNDI
7h30, le chargement reprend dans le brouillard.

11h, le brouillard s’est levé d’un coup.
Le ciel et la mer retrouvent ce bleu qui leur va si bien.
La capitainerie nous raccompagne… nous quittons le port. Retour à Lyon.

Nous rattrapons une péniche et croisons un fluvio-maritime. Les caboteurs peuvent longer les côtes de la Méditerranée pour se rendre en Italie, en Espagne ou en Afrique.

Le sleepway d’Arles. C’est le seul site ou il est possible de mettre à sec des péniches de plus de 100m sur le bassin Rhône-Saône pour l’entretien ou la réparation.

Sur l’ensemble du bassin,le chargement de gravière ponctuent les berges. Gravier du Rhône contre sable de Saône.

Le niveau d’huile sur le moteur de 1500 ch est vérifié plusieurs fois par jour. Tout l’équipage est à l’écoute de tous les organes du bateau, de cette mécanique de pointe.

Lucas, le timonier est au commande. un timonier est à la fois matelot, pilote et capitaine quand le commandant n’est pas là.
6ème JOUR, MARDI

il est 7h30, brouillard épais, navigation au radar. Seuls les lampadaire de la centrale de Cruas percent.

Kévin explique à Lucas aux commandes quelques particularité du Rhône. Chaque pont, avec chaque bateau s’approche d’une certaine façon. C’est cette finesse de lecture de l’eau avec la connaissance de leurs péniches qui rend les bateliers indispensables.

Les écluses grand gabarit sont taillées pour les bateaux comme le Guadiana. Ca passe juste mais ça passe.

Il est 19h30, sitôt arrivé le déchargement commence même si cela ne dure qu’une heure. C’est autant de temps de gagné pour le lendemain.
DERNIER JOUR, MERCREDI

Reprise de déchargement, les stackers et les portiques refont la même chose qu’il y a 7 jours avec des marchandises différentes.

Prise de quart et la transition entre les équipes hebdomadaires dans la timonerie.
Le déroulé de la semaine, le suivi technique, nombreux sont les sujets abordés. Il y a beaucoup de confiance.
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